Ailante glanduleux (Ailanthus altissima)
Nom anglais : Tree of Heaven
Ordre : Sapindale
Famille : Simaroubaceae
Le saviez-vous? Toutes les parties de l’ailante glanduleux dégagent une odeur nauséabonde lorsqu’elles sont écrasées; c’est pourquoi cet arbre a été surnommé « frêne puant ». Son odeur peut vous aider à le distinguer d’autres espèces d’arbres indigènes qui lui ressemblent.
Introduction
L’ailante glanduleux est un arbre à croissance rapide originaire de Chine et de Taïwan. Cet arbre très envahissant est maintenant établi dans le monde entier, en particulier aux États‑Unis et en Europe où il a été introduit à des fins ornementales.
Il est considéré comme l’arbre (indigène ou non) ayant la croissance la plus rapide en Amérique du Nord (Knapp et Cannon, 2000, cités dans Saldonja et al., 2015). Il peut se reproduire par voie végétative, mais il se propage surtout grâce à la dispersion par le vent de ses samares (fruits secs ailés contenant une graine), qui sont produites en abondance et ont un taux de germination élevé.
L’arbre est résistant à la sécheresse et à la pollution, et tolère un large éventail de conditions de sol, ce qui explique qu’il était auparavant prisé pour la plantation en zones urbaines. Sa répartition est limitée par les températures froides, et sa présence, par sa faible tolérance à l’ombre.
L’ailante glanduleux produit des composés qui le rendent résistant à la prédation par les herbivores et aux maladies causées par des agents pathogènes. Il est allélopathique, ce qui signifie qu’il libère dans le sol des composés chimiques qui sont toxiques pour d’autres espèces végétales.
Les caractéristiques assurant un fort succès de reproduction, la tolérance à une grande variété de conditions environnementales, les mécanismes de défense et le caractère allélopathique de l’ailante glanduleux font en sorte que celui-ci est très envahissant. Il est nuisible aux espèces végétales indigènes, aux infrastructures et à la santé humaine. De plus, il est un hôte de prédilection du fulgore tacheté, une espèce envahissante.
Renseignements généraux
Aspect général
L’ailante glanduleux pousse rapidement et peut atteindre 30 mètres de hauteur et deux mètres de diamètre. Il peut être confondu avec certaines espèces indigènes notamment le noyer noir, le sumac vinaigrier et le frêne. Lorsque ses feuilles ou ses rameaux sont écrasés, ils dégagent une odeur nauséabonde qui permet de distinguer l’ailante glanduleux d’espèces indigènes semblables.
Feuilles
L’ailante glanduleux possède de grandes (30-120 cm) feuilles composées, c’est-à-dire qu’elles sont constituées de plusieurs folioles, et celles-ci sont distribuées de façon alterne le long d’un axe central. L’examen attentif de certaines caractéristiques des folioles permet de distinguer l’ailante glanduleux d’autres espèces qui lui ressemblent. Les folioles de l’ailante glanduleux ont des marges entières (non dentées), mais présentent un ou deux lobes appelés « denticules glanduleux » à leur base. Une glande est visible sur la face inférieure de ces denticules.


Rameaux et écorce
Les rameaux de l’ailante glanduleux sont glabres et peuvent être verdâtres, roses, rougeâtres ou bruns. Leurs cicatrices foliaires en forme de cœur et leur centre brun spongieux sont des caractéristiques distinctives. L’écorce des jeunes arbres est mince, lisse et d’un vert brunâtre. À maturité, elle devient plus épaisse, plus rugueuse et brun clair à grise.


Fleurs et fruits
Les fleurs de l’ailante glanduleux sont petites, jaune pâle à vertes et réunies en grosses grappes. Les arbres femelles produisent des grappes de samares, c’est-à-dire des graines uniques munies d’une aile papyracée. Les samares mesurent 2 à 5 cmde longueur. Le noyer noir et le sumac vinaigrier ne produisent pas de samares.


L’ailante glanduleux se reproduit principalement grâce à la dispersion de ses samares par le vent. Il produit des graines en abondance (plus de 300 000 graines par an pour les arbres matures), et celles-ci ont un taux de germination élevé. Il se reproduit également par voie végétative, par la production de pousses à partir de ses racines, et peut même se reproduire à partir de fragments de racines et de tiges. Les individus produits de cette manière sont des clones de la plante mère et peuvent former de grands peuplements. L’ailante glanduleux est dioïque, ce qui signifie que les arbres sont soit mâles, soit femelles.
L’ailante glanduleux a été introduit et planté intentionnellement dans le monde entier comme plante ornementale. Les graines et les racines sont facilement transportées involontairement par les véhicules et la machinerie.
En Amérique du Nord, l’ailante glanduleux se trouve généralement dans les zones urbaines où il peut tolérer les sols et l’air de mauvaise qualité, mais il peut pousser dans une grande variété de milieux (Saldonja et al., 2015). Il ne tolère pas l’ombre, et colonise rapidement les zones perturbées comme les clairières et les lisières des forêts. Il est devenu un composant commun (et parfois même dominant) de la végétation forestière dans certaines parties des États-Unis, ayant été trouvé dans des forêts de pruches, de chênes et de caryers, et d’érables et de bouleaux (Saldonja et al., 2015). Les corridors, comme les bords de route, les voies ferrées et les berges des rivières, peuvent faciliter la propagation de l’espèce. La capacité de cette espèce à s’établir dans des conditions environnementales défavorables (comme la sécheresse et la pollution) que de nombreuses plantes indigènes ne tolèrent pas contribue à son caractère envahissant.

Indigène du nord-est et du centre de la Chine et de Taïwan, l’ailante glanduleux a été introduit en Amérique du Nord en 1784 près de Philadelphie (Jackson et Wurzbacher, 2020). Il a de nouveau été introduit dans l’État de New York en 1820 et en Californie dans les années 1850 (Fryer, 2010). L’ailante glanduleux a été rendu disponible en pépinière à partir de 1840 et a été planté dans les zones urbaines, ayant été reconnu comme une plante ornementale résistante (Jackson et Wurzbacher, 2020). Il est aujourd’hui largement répandu aux États-Unis. Au Canada, l’ailante glanduleux a été signalé en Colombie‑Britannique, en Ontario et au Québec (Agence canadienne d’inspection des aliments, 2021). Bien que sa répartition soit limitée par les températures froides (présence à des latitudes de 22o à 34o N), l’espèce a été répertoriée sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique (Udvardy, 1998, cité dans Cornell Cooperative Extension, 2019).



Répercussions écologiques
Lorsque que l’ailante glanduleux a colonisé une zone naturelle, il peut y supplanter les plantes indigènes et modifier la communauté végétale environnante (Saldonja et al., 2015). Il entre en concurrence avec les plantes voisines pour l’eau, la lumière du soleil, l’espace pour les racines et les éléments nutritifs, en plus d’avoir un effet allélopathique, ce qui signifie qu’il libère des toxines dans le sol qui inhibent la croissance des autres plantes. Puisqu’il ne tolère pas l’ombre, l’ailante glanduleux affecte particulièrement les milieux de début de succession, où la lumière du soleil est omniprésente. Il peut donc complètement modifier la trajectoire de la succession écologique (évolution de la composition en espèces des communautés végétales, à mesure que la composition chimique du sol, la luminosité et d’autres conditions changent au fil du temps après une perturbation telle que l’exploitation forestière) dans la zone concernée.
De plus, l’ailante glanduleux est la plante hôte de prédilection du fulgore tacheté, ravageur envahissant destructeur qui causera des dommages importants aux vignes, aux arbres à fruits tendres et aux forêts s’il s’établit au Canada. Le fulgore tacheté est également nuisible dans les zones urbaines, car il envahit les arbres en grand nombre et sécrète une substance collante.
Figure 12. Ailante glanduleux envahi par le fulgore tacheté.
Répercussions économiques et sociales
Dans les zones urbaines où l’ailante glanduleux a souvent été planté, il peut nuire au paysage urbain et à la santé humaine. Les racines de l’arbre brisent l’asphalte et fissurent les murs et les fondations des bâtiments, et peuvent également pénétrer dans les égouts (Saldonja et al., 2015). L’éradication de l’espèce est coûteuse et difficile.
Le pollen de l’ailante glanduleux provoque des allergies (Kowarik et Saumel, 2007, cité dans Saldonja et al., 2015), et sa sève cause des dermatites et, très rarement, des myocardites si elle pénètre dans la circulation sanguine (Bisognano et al., 2005, cité dans Saldonja et al., 2015). De plus, l’arbre dégage une odeur désagréable.
Dans son aire de distribution en Asie, différents composants de l’ailante glanduleux étaient dans le passé utilisés dans la médecine traditionnelle. Grâce à ses propriétés antibactériennes, antioxydantes et anti-inflammatoires, l’ailante glanduleux pourrait également avoir un potentiel médicinal moderne (Fryer, 2010). En Chine, l’arbre est une source importante de bois d’œuvre et de bois de chauffage (Fryer, 2010).
Dans son aire d’introduction, l’ailante glanduleux a été utilisé pour la restauration de sites perturbés et toxiques car il tolère beaucoup mieux que la plupart des espèces indigènes les polluants tels que le mercure et le soufre, les sols salins et ceux avec un faible pH (Fryer, 2010). Cependant, compte tenu de son caractère extrêmement envahissant, il est généralement préférable de l’éviter, même à des fins de restauration écologique.
Lutte
Prévention et signalement
Pour contribuer à prévenir la propagation des plantes envahissantes, enlevez les débris de plantes et la terre de votre véhicule et de votre machinerie après avoir visité des sites infestés. Respectez les directives relatives au lieu de travail, le cas échéant.
L’ailante glanduleux est un arbre envahissant agressif et l’hôte de prédilection du fulgore tacheté; il faut donc éviter de l’utiliser comme plante ornementale sur votre propriété. Envisagez de faire appel à un professionnel pour retirer tout ailante glanduleux de votre propriété. Si, pour une raison quelconque, l’élimination est impossible, surveillez la présence du fulgore tacheté sur votre ailante glanduleux.
Si vous pensez avoir trouvé un ailante glanduleux (ou le fulgore tacheté), veuillez signaler votre observation à EDDMapS. Vous pouvez également l’inscrire sur iNaturalist ou envoyer un courriel à info@invasivespeciescentre.ca.
Lutte
La lutte contre l’ailante glanduleux nécessite un régime constant de traitements chimiques, car sa capacité à se reproduire à partir des souches et des fragments de racines rend presque impossible son éradication par des méthodes mécaniques. Les herbicides doivent être appliqués à la fin de la saison de croissance; ils sont alors absorbés par l’arbre, qui transporte les glucides vers ses racines. Pour leur éradication, les peuplements d’ailante glanduleux doivent faire l’objet d’une surveillance continue de la repousse et de traitements répétés.
Les herbicides à base de triclopyr ou de glyphosate sont recommandés aux responsables de la lutte contre l’ailante glanduleux, car ils ne sont pas actifs dans le sol et ne seront donc probablement pas absorbés par les espèces végétales non ciblées. Il existe différentes techniques d’application des herbicides :
- Foliaire – l’herbicide est pulvérisé sur les feuilles. Pour lutter contre les peuplements denses, ce traitement sera suivi d’un traitement au niveau de l’écorce à la base de l’arbre ou de l’écorce entaillée (voir ci-dessous).
- Écorce à la base de l’arbre – l’herbicide est appliqué tout autour de la base de l’arbre, du sol jusqu’à une hauteur de 30 à 45 cm.
- Écorce entaillée – l’herbicide est appliqué sur des coupes angulaires réalisées dans l’arbre.
Si un arbre doit être abattu pour des raisons de sécurité, il doit préalablement être traité avec les techniques ci-dessus, laissé en place pendant 30 jours, puis coupé après sa mort. Le simple fait de couper l’arbre et d’appliquer un herbicide sur la souche n’empêchera pas le drageonnement (croissance de nouvelles pousses à partir des racines).
Actuellement, une souche du champignon Verticillium nonalfalfae spécifique à l’ailante glanduleux est étudiée pour son potentiel de lutte biologique. Des cas de verticilliose causée par ce champignon chez l’ailante glanduleux ont été signalés en Pennsylvanie et en Ohio (Rebbeck et al., 2013). Cette maladie provoque un changement de couleur et un dépérissement des feuilles et peut finir par tuer l’arbre.
Bien que le fulgore tacheté puisse tuer des individus de l’ailante glanduleux en s’alimentant et par ses excrétions, il ne tue pas l’espèce à grande échelle. Il ne constitue donc pas un agent de lutte biologique souhaitable, car il est lui aussi considéré comme un organisme nuisible envahissant.
Références
Cornell Cooperative Extension. (2019). Tree of Heaven Background and Distribution. Available: https://moodle.cce.cornell.edu/mod/page/view.php?id=12562
Fryer, Janet L. (2010). Ailanthus altissima. In: Fire Effects Information System, [Online]. U.S. Department of Agriculture, Forest Service, Rocky Mountain Research Station, Fire Sciences Laboratory (Producer). Available: https://www.fs.fed.us/database/feis/plants/tree/ailalt/all.html
Jackson, D. R., and Wurzbacher, S. (2020). Tree-of-heaven. PennState Extension. Available: https://extension.psu.edu/tree-of-heaven
Rebbeck, J., Malone, M. A., Short, D., Kasson, M. T., O’Neal, E. S., & Davis, D. D. (2013). First Report of Verticillium Wilt Caused by Verticillium nonalfalfae on Tree-of-Heaven (Ailanthus altissima) in Ohio. Plant disease, 97(7), 999. https://doi.org/10.1094/PDIS-01-13-0062-PDN
Sladonja, B., Sušek, M., & Guillermic, J. (2015). Review on Invasive Tree of Heaven (Ailanthus altissima (Mill.) Swingle) Conflicting Values: Assessment of Its Ecosystem Services and Potential Biological Threat. Environmental Management, 56(4), 1009–1034. https://doi.org/10.1007/s00267-015-0546-5
Ressources
Ailanthus altissima (fs.fed.us)
Ailanthus altissima (tree-of-heaven) (cabi.org) Controlling Tree of Heaven: Why it Matters (psu.edu)
Spotted Lanternfly – Profile and Resources | Invasive Species Centre
TOH: Tree of Heaven Identification, Look-a-Likes, and Biology (cornell.edu)
Tree-of-heaven – Ailanthus altissima (Mill.) Swingle – Canadian Food Inspection Agency (canada.ca)
tree-of-heaven (Ailanthus altissima) – EDDMapS State Distribution – EDDMapS
